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Frédéric Munoz, ResMusica.com (mai 2009)

Pas de commentaire Revue de presse

Ce disque nous offre une découverte de taille en la personne de Niels Gade, compositeur danois du début du XIXe siècle, remarqué pour ses immenses facultés par les plus grands noms de l’époque : Mendelssohn et Schumann. Organiste de formation, il écrivit quelques pièces dont fort peu furent publiées, la plupart restant à l’état de manuscrit. Nous y trouvons des chorals, des trios, des variations, quelques pièces d’allure symphonique, et une transcription de la partita Sei Gegrüsset de Bach pour deux organistes. Nous sommes dans l’univers mendelssohnien où les mélodies de choral imprègnent le discours : les variations sur le célèbre Ein feste Burg sont une démonstration de cette magnificence poussée à son comble par l’arrivée en fin de cycle de deux cuivres, trompette et trombone, timbrés à souhait, et retentissants entre les mains de Philippe Bleurez et Valéry Luczynski. Bien plus qu’un simple compositeur, que l’on pourrait imaginer de second plan, Gade apporte par son discours inspiré et parfois dramatique, une dimension non négligeable à la musique d’orgue de son temps et de son pays le Danemark. L’écriture des chorals est très recherchée, chaque note chante, bien à sa place, dans un cortège harmonique raffiné. Brahms proposa un peu plus tard à son tour de tels diamants. Olivier Vernet qui a réuni l’intégralité de ces pièces éparpillées, prend plaisir à faire découvrir cette œuvre quasiment inédite, s’entourant en particulier de Cédrick Meckler, avec qui il a déjà gravé plusieurs Cds à 4 mains. L’approche revisitée de la partita de Bach sous cette distribution est passionnante, orchestrale, et donne finalement plein d’idées pour d’autres œuvres d’orgue de Bach qui pourrait bénéficier d’un traitement analogue. L’interprétation est vivante et apte à nous faire aimer ce grand méconnu. L’une des découvertes de ce disque est l’orgue de Saint-Charles de Monte-Carlo, reconstruit à neuf par la firme italienne Tamburini en 1979. On reconnaît immédiatement l’esthétique italienne, claire, puisant ses racines dans l’orgue baroque de ce pays, comme sans doute ceux que joua Niels Gade chez lui, au nord, en ce tout début du XIXe siècle. Pour autant, le traitement de cet orgue à partir d’un répertoire romantique lui réussit tout à fait, respectant la lisibilité des lignes, et le contrepoint. Le vieux ripieno n’est pas loin, les fonds assez étroits rappellent l’orchestre. La prise de son bien équilibrée fortifie une impression de plénitude et d’acuité auditive des plus agréables. Tout est ici réuni pour nous présenter sous les meilleurs cieux la musique de ce grand romantique, injustement oublié sur le bord du chemin par l’histoire de la musique, et réhabilité avec bonheur, grâce à cet enregistrement rare et précieux.

Critique ResMusica.com

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