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Jean Ferrard, le Magazine de l’Orgue (29 janvier 2012)

Pas de commentaire Revue de presse

On aurait presque pu faire figurer au-dessus de ce commentaire le sigle «ceci n’est point de l’orgue» puisque, mise à part la dernière, dédiée au duo, qui l’a créée en 2008 en la cathédrale de Meaux, ces onze plages n’ont pas été écrites pour l’instrument… Le point commun entre elles est la danse hispanique. Les partitions originales sont des compositions pour orchestre ou pour piano, desquelles les interprètes ont retravaillé les transcriptions pour piano à quatre mains, dont la moitié sont le fait du compositeur lui-même (les noms des transcripteurs figurent entre crochets dans le détail du programme. Mais qui a retravaillé Asturias?). L’absence de ce sigle se justifie évidemment par le fait que cette petite douzaine de «bis» ont été enregistrés à l’orgue. Mais pour jouer cette musique dépassant généralement les limites étroites du clavier de l’instrument, il fallait bien deux organistes, unissant leurs huit mains et pieds, après un travail important de préparation: partager le jeu sur les quatre claviers, répartir les basses à la pédale, elle aussi divisée entre les deux interprètes, et se livrer à une mise en place minutieuse des registrations, sans doute irréalisables sans l’aide du séquenceur. La seule œuvre écrite pour l’orgue s’inscrit parfaitement dans la couleur générale du CD. Reprenons le commentaire du compositeur, qui s’applique en réalité au programme tout entier: «Quatre mains, deux bras, vingt doigts, quatre pouces lâchés sur les claviers si étroits de l’orgue ne pouvaient que se livrer à une danse endiablée. Le tango, surtout, s’il est furioso, s’impose comme l’inévitable complice de leurs exubérantes cabrioles. Les mains se croisent, se chevauchent, se décroisent et bondissent d’un clavier à l’autre. Le tango, rêve halluciné des corps qui se cherchent et se fuient, s’enroule sur lui-même puis disparaît dans le tourbillon final.» L’audition de cette musique bien connue est un réjouissant divertissement, dont le plaisir est magnifié par la double virtuosité des organistes, qui jouent ces pages souvent complexes comme un seul homme. Les grincheux y verront la manifestation de l’incompréhension généralement manifestée par les compositeurs non-organistes et les chefs d’orchestre face à cet instrument aux sonorités peu vivantes et aux mixtures terrifiant ceux qui n’y entendent que des quintes parallèles. Mais il ne faut pas rechercher dans ces transpositions à l’orgue la souplesse expressive des bois de l’orchestre ou même de l’accordéon, ni les nuances du piano. Laissez-vous emporter par les rythmes souvent endiablés, par l’exubérance ibérique, et surtout par le plaisir contagieux des deux organistes, franchissant avec allégresse les limites de leur instrument!

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